Interview de Manon Genest

La marraine handisportive de l'Aventuraid 2015

Pour la 9ème édition de l’Aventuraid, qui s’est déroulée les 28 et 29 mars derniers à Chantilly, toute l’équipe organisatrice était ravie d’accueillir Manon Genest en tant que marraine de l’événement. Ambassadrice de la Mission handicap sur le Challenge du « Monde des Grandes Ecoles et Universités » et référente courses à pieds pour la Commission Sport pour Tous, Manon avait également participé au Raid Essec les 20 et 21 mars pour la première fois en binôme handi-handi. A travers son parcours, elle nous raconte ses expériences:

Cela fait presque un an que tu es ambassadrice de la Mission Handicap de Disneyland Paris sur le Challenge du « Monde des Grandes Ecoles et Universités », peux-tu nous en dire quelques mots?

Alors j'ai en effet été ambassadrice de la Mission Handicap de Disneyland Paris sur le Challenge du Monde des Grandes Ecoles et Universités pour l'édition 2014. Mon rôle était de concourir aux côtés de mon binôme valide sur le 10 km et le 4x100 mètres Partenaires, et de témoigner de mon parcours à Disneyland Paris en tant qu'apprentie ingénieur en situation de handicap. La Mission Handicap de Disneyland Paris a un suivi de ses travailleurs handicapés, et j'en fais partie. Ce qui me rend si "proche" de cette mission est le sponsoring sportif qui s'est développé avec elle depuis bientôt un an concernant mon binôme handi-valide. Et c'est ce côté sport inclusif que la Mission Handicap de Disneyland Paris souhaite mettre en avant lors du Challenge du Monde des Grandes Ecoles et Universités notamment. Porter leurs couleurs depuis un an lors de mes courses est un véritable honneur pour moi car ils ont énormément fait pour me permettre de suivre mes études d'ingénieur.

Depuis 6 mois, tu as rejoint la Commission Sport pour Tous en tant que référente course à pieds. Quel est ton rôle?

Mon rôle en tant que référente course à pieds de la Commission Sport pour Tous de La FEDEEH est de recenser l'ensemble des courses, notamment les raids, qui nous sollicitent pour participer en tant qu'handisportifs. Puis, il s’agit de me rapprocher des organisateurs, lors de Rencontres Nationales de La FEDEEH par exemple, afin de discuter ensemble des modalités organisationnelles d'accueil des handisportifs sur les raids. Nous nous basons notamment sur le retour d'expérience d'épreuves auxquelles nous avons participé, afin d'améliorer les éditions futures et d'éviter aux autres associations étudiantes de commettre les mêmes "erreurs". Nous réfléchissons ensemble à comment améliorer davantage l'accueil des handisportifs sur les raids en termes de sécurité notamment.

Nous avons aussi un axe de rencontre des handisportifs avec leurs "futurs" guides (une fois trouvés) en amont des épreuves, en faisant une après-midi "cohésion Run&Bike" quelques semaines avant le raid prévu. Une première après-midi de ce type a été réalisée en janvier 2015 pour préparer le Prologue du Raid Centrale Paris, et cela fut une réussite pour tous.

Enfin, j'aimerais développer la reconnaissance des parcours trail et VTT des raids par un (ou des) binôme(s) handi-valide(s) de la FEDEEH plusieurs mois avant le raid. Cela permet d'émettre des recommandations pour s'assurer d'avoir un parcours permettant aux handisportifs de réaliser le raid en toute sécurité. Pour le moment, cette démarche a été menée en amont du Prologue du Raid Centrale Paris avec l'équipe organisatrice, sur la partie trail. Toutes nos recommandations ont été retenues et prises en considération, et le parcours a été entièrement adapté sans pour autant enlever de sa difficulté. 

Pourquoi as-tu décidé il y a un an de pratiquer en tant qu’handisportive, et non plus en tant que valide?

En réalité, on me l'a proposé. Marc, de la FEDEEH, savait que j'étais sportive. Il m'a expliqué que le Raid ESSEC nous sollicitait pour venir concourir en binôme handi-valide (1 handisportif + 1 valide). Il m'a proposé de participer, et j'ai accepté. Quelques jours avant le Raid, on a rencontré nos binômes respectifs, et j'ai demandé à mon binôme quel était son handicap, persuadée que je serai son guide. Il m'a alors dit qu'il était valide, et que c'était moi l'handisportive... Je ne comprenais pas au début car je ne voyais pas en quoi cela était handicapant pour moi, j'avais toujours fait en sorte de compenser au mieux ma déficience auditive, et la cacher pendant les courses à pieds que je faisais. Le jour du Raid, j'ai compris quand on a pris les VTT... J'ai chuté plusieurs fois, perdant l'équilibre, heureusement sans gravité. Grâce à l'aide de mon guide, on a réussi à finir. Et ce jour-là, j'ai décidé de faire reconnaître mon statut d'handisportive pour mes courses futures, et d'en faire une force. 

Tu as participé au Raid ESSEC les 20 et 21 mars derniers pour la première fois en binôme handi-handi. Quels ont été tes ressentis et ton meilleur souvenir ?

Cette édition 2015 du Raid ESSEC était un triple challenge pour moi:

-       faire le Raidoutable : le parcours le plus long proposé par le Raid ESSEC, jamais réalisé par un handisportif jusqu'alors (86 km parcourus)

-       le faire en binôme handi-handi

-       m’improviser guide pour l’handisportif avec lequel j’étais (c’était son premier raid) et me retrouver sans guide, à devoir compenser mon handicap seule et aider mon binôme à compenser au mieux le sien.

Mais nous l'avons fait : Trail de nuit et raid de jour (trail, VTT et tir à l'arc pour l'actifun). 86 km en binôme, 86 km à l'encourager pour finir ce raid, 86 km de dépassement de soi.

Alors c'est une victoire de plus face à la maladie, face au handicap !

Mon meilleur souvenir reste l'arrivée, quand mon binôme, jeune homme de deux têtes de plus que moi, m'a pris dans ses bras et m'a remercié de l'avoir poussé pour qu'il finisse ce raid ! 

Que dirais-tu aux handisportifs qui hésiteraient à franchir la porte des raids multisports?

J'aimerais leur dire à tous que c'est un challenge envers soi-même avant tout, mais aussi face à la différence et au handicap. C'est une manière de prouver à tous les valides que différence n'est pas synonyme d'incompétence, mais au contraire qu'on sait en tant qu'handisportifs en faire une véritable chance. 

   

Dernière; mise � jour : 07/04/15 par Géraldine;

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