Interview de Lucie Croissant

Retour sur les parcours de Lucie Croissant

 

Lucie Croissant, 26 ans, est une jeune triatlèthe et raideuse française très prometteuse du haut de ses 1m58. Championne de France de triathlon de sa catégorie en 2013, elle a déjà participé à plusieurs courses réputées pour être les plus difficiles du monde (Ironman, Norseman…). Nous vous proposons un retour sur son parcours et sa vision dans une interview inédite pour le Raid EDHEC.

D’où t’es venu cette passion pour les triathlons/raids ?

J’ai commencé le triathlon en classe prépa, et les raids en intégrant l’EDHEC Business School et l’association Raid EDHEC. J’étais responsable du pôle parcours de l’Aventuraid, et je n’avais jamais trop pratiqué la discipline auparavant. J’ai donc créé le Team Raid EDHEC pour aller participer à des raids avec des membres de l’association pour avoir des idées de parcours, pour être plus compétents dans ce que l’on pouvait proposer, et la discipline m’a beaucoup plue.

Beaucoup de raids auxquels je participais se pratiquaient dans des décors assez vallonnés, montagneux. Même si je suis originaire d’Angers, et que la première fois que je suis allée en montagne l’été était pour le Raid EDHEC, cela m’a tout de suite plu.

L’autre aspect est de pouvoir pratiquer avec des gens sympas, c’est toujours une aventure, que ce soit en triathlon ou en raid. Au début je faisais beaucoup de triathlons avec ma sœur jumelle, en relais avec des amis, et les raids sont par équipe. Même si la natation, le vélo et la course à pied sont des sports individuels, pour moi ce qu’il y a de mieux c’est de pouvoir le pratiquer en équipe.

Comment as-tu vécu ton premier Norseman (3,8 km de natation, 180 km de vélo, 42 km de course à pied), une des courses les plus difficiles du monde ? (pour voir le résumé complet détaillé de la course :https://www.google.fr/#q=lucie+croissant+norseman)

En 2012, le Norseman était mon 2e triathlon de format Ironman (après Nice en 2011). Cette épreuve était encore alors très peu connue du grand public, et même très peu connue dans le monde du triathlon. J’avais choisi cette épreuve car elle m’inspirait par le fait qu’on partait d’un point A, on avait pour objectif un point B tout en haut d’une montagne, sans faire de boucle, en traversant des paysages incroyables, avec un parcours vraiment difficile, et les organisateurs et les norvégiens montraient un super état d’esprit : ils ont créé une expérience folle, et ils ont envie de la faire partager. Mais surtout c’était un triathlon que l’on faisait pour soi même, avec l’aide de son équipe support, mais quand j’en parlais aux gens, aux triathlètes autour de moi, très peu s’imaginait à quel point ce triathlon était incroyable.

Comment je l’ai vécu ?  C’est le premier triathlon où j’ai vraiment eu peur, pour la natation, mais aussi pour le parcours vélo qui a beaucoup de dénivelé positif, de ne pas réussir à le terminer.. J’avais fait ma préparation au mieux, après comme je ne l’avais jamais fait, je savais que tant que je n’avais pas fini la course à pied, tout pouvait encore changer. Finalement, la natation, très froide particulièrement l’édition 2012, s’est plutôt bien passée, j’ai essayé d’oublier le froid même si je ne sentais plus du tout mon corps, j’ai fait un vélo toujours en dessous de mon max pour me réserver pour la suite. Et la course à pied m’a semblée assez interminable. J’avais à l’arrivée, une seule envie : m’asseoir !

Comment décrirais-tu le défi que représente un raid ?

Le raid c’est plus que du sport, c’est une aventure, et surtout c’est en équipe. On peut se préparer physiquement du mieux possible, mais si on n’est pas assez « intelligent » dans la gestion de la course, dans l’orientation,… on peut devenir très mauvais. C’est parfois aussi un peu de chance, et la gestion de soi mais aussi surtout de son équipe. C’est une aventure sportive, humaine qui nous pousse à se dépasser encore plus qu’une épreuve individuelle.

Quelles sont les qualités selon toi d’un bon raideur ?

Il faut être « intelligent » dans la gestion de la course, la préparation, … l’expérience compte aussi beaucoup, moi je n’en ai pas énormément, surtout sur les raids longs, et j’apprends beaucoup de mes coéquipiers. Il faut beaucoup communiquer à l’intérieur de l’équipe, et aussi rechercher du fun avant tout, plus qu’une potentielle place au classement.

Un retour sur ta magnifique 4ème place au Raid In France ( championnat de France des Raids) du 13 et 20 septembre dernier ? (Pour voir le récit détaillé de sa course : la course https://www.google.fr/#q=lucie+croissant+norseman)

Pour moi c’était une place assez inespérée : c’était la première fois que l’on courait avec cette équipe Maxi Race / Raid 74 (Didier Iket, Lionel Jacoud, et Manu Lang), donc c’était en quelque sorte un test qui augure de très belles choses pour la suite. C’était complètement différent d’autres raids que j’ai pu faire avant car ils vont très très vite, j’ai eu l’impression de faire un sprint pendant les 2 premiers jours, mais j’étais assez bien. L’équipe est très importante, et celle là était vraiment en or. On ne s’était entrainé que 2 fois avant plus ou moins ensemble, mais le courant passe super bien donc c’est un plaisir de courir ensemble.

Toi qui a aussi eu l’opportunité d’organiser le Raid EDHEC, quelles sont pour toi les différences et les similarités avec le Raid In France ?

Sur le Raid EDHEC, déjà on peut dormir ! Sur le raid in France, on ne dort pas beaucoup : 3h obligatoire au bout de 36h de course. Ensuite, sur le Raid EDHEC on peut manger les supers repas que l’organisation nous prépare, sur RIF, on gère tous nos ravitaillements nous même, donc on se nourrit à base de lyophilisés, barres de céréales…

Le raid EDHEC est bien plus accessible, niveau sportif, et aussi niveau matériel. Sur RIF, il faut pouvoir amener tout son matériel kayak (pagaies, gilet de sécu), des caisses vélos etc, ce sont 2 raids assez différents.

Mais il y a aussi des similarités : les équipes organisatrices sont des passionnées et elles sont vraiment au top, veulent faire de leur mieux pour les coureurs. Les parcours des 2 épreuves sont principalement en orientation, donc c’est très important d’avoir un (bon) orienteur dans l’équipe.

Te verras-t-on sur le Raid EDHEC le 27 mai prochain ?

C’est une très bonne question, et une très grosse envie. Après le planning de l’année prochaine n’est pas encore fixé (je n’ai pas encore fini ma saison, je pars le 6 novembre pour un raid en Chine, et mi décembre faire la traversée de l’Atlantique à la voile !). Mais cela fait plusieurs années que j’ai vraiment envie de revenir sur le Raid EDHEC, donc à suivre !

Tes objectifs pour cette fin de saison ?

Après le roc d’azur mi-septembre où j’ai gagné pour la première fois le Tri Roc (triathlon nature) et où j’expérimentais la course VTT en tandem, je pars donc en Chine et ce sera le dernier de la saison (avec Hervé Simon, Clément Valla et Benoit Peyvel).

Et à long terme ?

Etant en transition professionnelle, j’attends d’abord de fixer ce que je vais faire et où je vais le faire pour définir mes objectifs sportifs. Je compte continuer sur ma lancée autant de temps que je peux, mais je n’en ai jamais fait une priorité, donc je compte surtout continuer à me faire plaisir sur les différentes courses auxquelles je participe.

Quel a été ton plus beau souvenir sur ta jeune carrière ?

J’en ai tout plein ! je ne pourrai pas choisir, mais au-delà des performances, ce sont plutôt des moments partagés avec mes coéquipiers, ma sœur jumelle, ou mes amis que j’embarque dans mes aventures (galère). Je ne peux pas vraiment choisir !

A l’inverse, ton moment le plus dur ?

Là je peux choisir ! Sur la finale des championnats du monde de raid , mon premier raid long, qui a duré 10 jours… sur l’une des dernière journées de course, 90 km de kayak, (à 5km /h, ça fait du 18h non stop à pagayer) de nuit. Un moment assez interminable, surtout en ligne droite, avec l’impression de ne pas avancer, et en éclairant avec nos frontales les yeux des crocodiles qui sont nombreux sur les côtés de la rivière.

Pour finir, qu’aurais-tu comme conseils à donner à un étudiant voulant s’essayer au monde du Raid ? Merci beaucoup ! (Si tu veux nous parler d’autres choses n’hésite pas en tout cas ;) ).

Mon premier conseil serait de ne pas faire le bourrin et de lire la carte ! Il y en a beaucoup qui courent vite mais dans la mauvaise direction !

Ensuite ce serait de bien choisir ses coéquipiers, d’avoir les même objectifs pour bien s’entendre, et de commencer par des raids pas trop long non plus.

Mais finalement, dans beaucoup d’épreuves sur lesquelles je me suis inscrite (Norseman, OtillO, Raid au Costa Rica), je me pensais incapable de pouvoir réussir, mais j’ai quand même tenté, (et surtout je me suis entraînée pour). Mais quand on m’a proposé de faire des raids de 3-4 jours sans dormir, je me suis d’abord dit : «  mais moi j’ai besoin de dormir, c’est pas possible !», et finalement ça s’est très bien passé.

Donc ne pas se mettre des limites, mais aussi rester humble devant l’effort, la montagne, etc.. car tout peut toujours arriver !

   

Dernière; mise � jour : 08/12/14 par Maxime

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