Petites confessions de grands champions

 

Entre deux entrainement, nos parrains, Jacky Boisset et Myriam Guillot, ont accepté de se livrer à nous pour nous faire partager leur passion des raids.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir des spécialistes des raids ?

Tout d’abord, nous trouvons que ce sport est le plus complet, riche et diversifié qui existe. C'est un sport passionnant car il y a toujours quelque chose à apprendre, à perfectionner et en même temps c'est un sport outdoor. Cette notion d'évoluer dans un environnement extérieur et hostile permet ainsi de prendre conscience de la richesse de notre planète et que celle-ci a tout pour que l'on puisse vivre en parfaite harmonie. Le raid à haut niveau te permet aussi de voyager à travers le Monde, de chercher tes limites et mieux te connaitre ainsi que partager ta passion au sein d'une équipe mixte au 1er sens du terme mais aussi au niveau des nationalités.

 

Comment décririez-vous le défi que représente un raid ?

Le grand est de faire cohabiter plusieurs personnes ensemble d'horizons différents afin d'arriver à un objectif commun, c'est-à-dire de se rendre à l'arrivée. Cela paraît simple sur le papier mais peut devenir bien plus compliqué sur le terrain ! Il faut arriver à prendre en compte tous les paramètres qui sont l'environnement, les contraintes, les objectifs et les capacités de chacun...mais sans toucher à l'harmonie et la cohésion des individus qui se sont engagés dans ce projet commun afin d'arriver à un résultat positif.

 

Quelles sont les qualités d’un bon raideur ?

Tout simplement être à l'écoute de son équipe et ne pas avoir peur de se retrouver en difficulté autant sur le point physique que sur le terrain. En fait, en raid il faut s'attendre à toujours régler des situations qui peuvent être logiques, comme trouver la balise, ou qui peuvent être bien plus folles, comme se retrouver face à un énorme lion (expérience déjà vécue!).

Donc il faut savoir prendre des décisions en situation de stress, de fatigue extrême et avoir la capacité de toujours faire avancer son équipe et être polyvalent. Et n’oublions pas  le plus important: être content d'être là et savoir pourquoi nous y sommes.

 

Quels défauts peuvent pénaliser un raideur ?

De ne pas avoir l'esprit d'équipe et de mettre en avant ses intérêts personnels au détriment de son équipe, mais aussi de paniquer sans jamais se remettre en cause.

 

Quel est votre meilleur souvenir de raid ?

Question assez difficile car chaque raid est différent par le contexte, l'état d'esprit, les motivations, l'environnement et nous pouvons vous garantir que nous pourrions vous raconter des quantités d'histoire sur nos raids vécus. Des couchers ou levers de soleil, on en a encore tellement pleins les yeux qu'il est difficile de comparer ceux vécus au sommet des montagnes dans les Alpes en France ou au milieu des rizières en Chine.

Mais un super souvenir qui va vous paraître un peu déboussolant : c'était aux USA nous avions la même équipe que pour le Costa Rica. Nous étions en tête et parait-il en avance sur le timing de l'organisation. Arrivés à un Check Point après 4 jours de course et à 100km de la ligne d'arrivée, Mike Kloser, une légende du raid qui faisait parti de l'organisation, nous a pris dans sa fourgonnette pour nous amener quelque part. Quand on s'est réveillé, nous étions seuls dans un appartement et chacun dans un lit ! Nous n'avions aucune idée de combien de temps nous avions roulé, qu'est-ce que nous faisions ici etc...quand nous avons repris nos esprits, Jacky est parti au supermarché pour revenir avec un caddie plein de victuailles. Il a cuisiné pendant que nous dormions, et nous a réveillé avec le plus merveilleux des repas que tu rêves après un raid non-stop!!!  C'était fou, nous sommes restés 24h dans cet appartement. Puis l'organisation est revenue nous chercher et nous a fait reprendre le départ. Elle nous a expliqué qu'ils avaient programmé notre arrivée durant un énorme festival de bière et qu'ils ne voulaient pas que l'on arrive trop tôt. Aucunes des autres équipes n'en a su, même Seagate. On leur a raconté au Costa Rica.

 

Comment votre expérience au sein des Raids vous sert-elle ?

Tout ce que tu vis en raid est applicable dans la vie de tous les jours et nous pouvons vous garantir que si tout le monde pratiquait du raid, et bien il y aurait moins d'incapables, et que le monde tournerait bien plus rond ! Par exemple, il y aurait plus de prises d'initiative, les personnes connaîtraient leurs limites physiques et mentales, et résoudraient des problèmes qui, au départ, semblent impossibles.

Après, plus tu fais du raid, plus tu rencontres de nouveaux problèmes, à chaque fois tu penses que cette fois-ci tu as tout vu mais il y a toujours de nouvelles surprises et donc le cerveau est toujours en ébullition. Et ça c'est magique !

 

Quels sont vos objectifs pour la saison ? A long terme ?

Nos objectifs sont clairs, rester les n°1, garder notre titre en Equateur. Et sur du long terme, on ne veut pas paraître prétentieux, mais nous nous sommes donné comme objectif d'être Champions du Monde pendant encore 10 ans ! Notre coéquipier néo-zed a 48 ans cette année et nous vous défions de faire un 10kms plat avec lui... du coup on a de l'espoir pour nos années futures.

 

Vous avez en effet marqué une nouvelle fois l'histoire du Raid avec votre titre de champion du monde au Costa Rica, pouvez-vous nous raconter plus en détail cette course ?  Notamment les difficultés rencontrées, des anecdotes, l'expérience que vous en avez tirée ?

Cette course au Costa Rica a été bénéfique sur bien des points. Elle a été source de polémiques vis-à-vis du « toujours plus ». De l'extérieur cette course a semblé trop longue, trop dure. C'est vrai, elle l’a été, mais finalement pas plus que les autres. En fait, la définition de « trop dure » dépend des objectifs fixés. Il est vrai que pour les équipes de tête, nous ne nous attendions pas à finir en 7 jours alors que l'organisation annonçait une gagne en 5 jours.

Nous avons appris dans cette course quelque chose de très important. A quelques heures de l'arrivée, nous savions que nous avions une avance incroyable, nous étions vraiment bien physiquement et mentalement ; nous savions que nous avions réussi ! Nous nous décidons alors de nous relâcher : on trouve une petite supérette, on s'achète des glaces, des jus de fruits et nous décidions de fêter notre victoire juste entre nous. Puis on décide que nous devions en finir et on décide de rouler fort en vtt pour franchir l'arrivée avant minuit et passer une bonne nuit dans un vrai lit. Tout était parfait dans le meilleur des mondes comme dirait Candide, jusqu'au point de non-retour de Jacky. A 20 kms de l'arrivée, il a fait un blackout et ne voulait plus avancer, ne savait plus où il était...Une situation très délicate à gérer, il nous aura fallu 12h pour effectuer ces 20km en vtt alors que nous étions sur la route. Nous avons tout essayé, la compréhension, le porter, lui expliquer l'enjeu, la violence mais rien à faire! Il était parti...où...nous ne le serons jamais. Nous aurions tout de même une happy end, mais très lourde en émotions.

Cette expérience restera gravée à toujours et la conclusion est la suivante tant que vous n'avez pas franchi la ligne d'arrivée, on ne sait jamais ce qu'il peut arriver. Et ça c'est une belle leçon que nous apporte la pratique du raid.

 

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le Raid EDHEC pour accepter de le parrainer ?

Et bien c'est simple, nous avons été étudiants, nous avons participé au raid EDHEC, Hannibal, SFR...bref nous sommes passés par là et du coup il nous semble normal de soutenir de tels événements, car c'est la base du raid. Et c'est grâce à des épreuves comme celle-ci que des vocations sont créées ou qui aident à voir plus clair dans nos choix de vie futurs, autant du point de vue des participants mais aussi des organisateurs. Des écoles qui s'investissent dans des projets concrets comme l'événementiel est, à notre goût, la façon la plus reconnaissante et concrète pour des étudiants de se faire leurs places en tant qu'adultes.

Donc voilà pourquoi nous sommes à vos côtés.

 

Merci à nos parrains pour cette interview et nous leur souhaitons bonne chance pour la suite de leur saison qui se veut très prometteuse, notamment avec une nouvelle participation à l’édition 2014 de l’ARWC où ils sont donnés parmi les favoris ! 

   

Dernière; mise � jour : 16/05/14

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